Le vendredi 11 juillet 2025, la Faculté des Sciences de l’Information et de la Communication de l’Université de Kolwezi (UNIKOL) a accueilli une journée scientifique placée sous le thème :
« Sciences de l’Information et de la Communication, Langues, Affaires et Criminologie au service de la Communauté du Lualaba ».
Parmi les interventions marquantes, celle de Jean Katunga Mwamba, directeur provincial de la Communication et fondateur de Life HD Télévision, a proposé une réflexion lucide sur les enjeux de la migration vers la Télévision Numérique Terrestre (TNT), le désenclavement économique des médias locaux, et la lutte contre le phénomène Kawama, cette dérive où le journalisme devient marchandé faute de ressources.
Lors de son intervention, Katunga est revenu sur les origines de la télévision numérique, apparue en Europe dès 1997–1998, avec une idée majeure : maîtriser l’accès au signal grâce au cryptage. L’instauration de décodeurs et de bouquets comme Canal+ a permis aux chaînes de monétiser leur audience.
« La télé numérique a été conçue pour compenser les fossés financiers du secteur. Grâce au cryptage, on peut décider qui accède au signal et qui ne l’accède pas. »

En RDC, la TNT a été lancée en 2012 à Kinshasa, sous la supervision de Téléconsulte, mais sans une véritable régulation ni organisation du paysage médiatique. Résultat : plus de 600 chaînes émettent aujourd’hui dans la capitale, souvent sans structure, sans bâtiments adaptés et sans pouvoir rémunérer leurs journalistes.
« Cela devait être avantageux pour nous, les diffuseurs. Mais c’est toujours désavantageux, parce qu’il n’y a pas eu d’organisation. »
Face à ce désordre, le Lualaba veut faire figure d’exception, avec le lancement d’un bouquet regroupant les chaînes locales dans une logique de professionnalisation.



Retombées économiques pour les chaînes et les journalistes
La TNT, selon Katunga, doit permettre aux foyers de payer leur consommation télévisuelle, créant ainsi des revenus récurrents pour les diffuseurs locaux.
« Vous n’allez pas imposer à un journaliste affamé de produire une émission comme celle qui passe sur Canal+. S’il n’est pas payé, il n’a ni le temps ni les moyens. »
Jean Katunga souligne l’urgence de rompre avec ce système, où les journalistes abandonnent leurs contenus pour des perdiem dérisoires.
« Si la personne est mieux payée, personne ne va quitter. Et on aura la production qu’il faut. »
La TNT devient ici un levier économique, permettant aux chaînes de financer :
- Des salaires décents.
- Des productions de qualité.
- Une information structurée et indépendante.


Le phénomène Kawama : une dérive professionnelle à corriger
Utilisé dans le jargon journalistique régional, le phénomène Kawama désigne la monétisation informelle de l’information, pratique dénoncée par l’UNPC et par les professionnels eux-mêmes.
« Aujourd’hui, on crée des mensonges pour manger. L’entreprise ne donne pas les moyens, alors celui qui donne dicte l’information. Le journalisme devient inutile, presque faux. »
La TNT, si elle est bien organisée, pourrait mettre fin à cette dérive, en redonnant aux journalistes leur autonomie économique et éditoriale. Jean Katunga en appelle à une révolution silencieuse, portée par la technologie et par une nouvelle éthique.
« Il est temps de faire du journalisme un vrai métier, où chacun peut gagner sa vie et communiquer décemment, sans tordre l’information. »
Vers une presse citoyenne et responsable au Lualaba
En regroupant les médias du Lualaba dans un cadre structuré, Katunga affirme vouloir créer une presse locale pensée pour ses citoyens.
« Si nous ne courons pas vers les numériques, nous risquons de perdre nos capacités, nos têtes. »
La TNT, en liant technologie et responsabilité, devient un vecteur de citoyenneté numérique, de redevabilité et d’émancipation professionnelle pour les journalistes du terrain.
Jipi Nzumba.
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