Accueil ActualitésTaxes du Numérique en RDC à contre courant : Revoir les méthodes et encourager l’innovation

Taxes du Numérique en RDC à contre courant : Revoir les méthodes et encourager l’innovation

L’arrêté interministériel signé par les ministères des Finances et du Numérique a fait l’effet d’un séisme dans l’écosystème digital congolais.

En fixant des droits d’autorisation allant de 2 000 à 75 000 dollars pour divers services numériques, l’État affirme vouloir encadrer et sécuriser le secteur. Mais dans les incubateurs, les fablabs et les hubs de jeunes entrepreneurs, c’est la stupeur : comment bâtir une startup quand le ticket d’entrée dépasse parfois le capital initial ?La RDC regorge pourtant de talents.

Dans les quartiers de Kinshasa, Lubumbashi ou Goma, des jeunes développent des applications de paiement mobile, des plateformes de e‑commerce ou des solutions de santé numérique. Ces initiatives ne sont pas seulement des projets économiques : elles représentent une réponse au chômage, une promesse d’emplois et une ouverture vers l’économie de demain. Encourager ces initiatives devrait être une priorité nationale.

Le Startup Act adopté en 2022 allait dans ce sens, en offrant des avantages fiscaux et un cadre protecteur. Mais l’arrêté du 20 juillet 2026 semble en contradiction avec cet esprit : il impose des barrières financières qui risquent de décourager les plus fragiles, surtout les nationaux.

Les critiques sont vives. Les startups locales dénoncent des montants disproportionnés, qui risquent de pousser l’innovation vers l’informel.

Martin Fayulu parle d’« aberration économique », soulignant que l’État ne peut pas prétendre promouvoir le numérique tout en étouffant ses acteurs. Des ONG rappellent que la régulation doit se faire par la qualité et la transparence, pas par des taxes punitives. Le gouvernement, de son côté, promet des exemptions pour les startups et défend la réforme comme un outil de souveraineté numérique et de mobilisation des recettes. Mais la confiance est fragilisée.

Comparée à ses voisins, la RDC apparaît isolée dans sa méthode. Au Kenya, une Digital Service Tax de 1,5 % des revenus encadre les plateformes sans imposer de droits fixes prohibitifs. Au Nigeria, la TVA numérique cible les géants étrangers tout en soutenant les startups locales. En Afrique du Sud, la régulation des data centers et du cloud passe par des normes techniques, pas par des taxes d’entrée. La RDC, elle, impose des droits fixes de 2 000 à 75 000 dollars et des amendes de 100 à 200 % en cas de non‑conformité.

Cette stratégie favorise les grandes plateformes étrangères capables de payer, mais fragilise les jeunes pousses locales.L’innovation ne se décrète pas : elle se libère, s’accompagne et se protège. La RDC doit revoir cet arrêté pour qu’il devienne un levier de crédibilité et non un frein. Le numérique est une chance historique pour la jeunesse congolaise ; il mérite un cadre qui encourage, inspire et ouvre des portes, plutôt qu’un système qui les ferme.

La rédaction.

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