Accueil MinesQui défend les pollueurs ? Mines protégées, communautés sacrifiées. CDM n’est pas un accident, c’est un système.

Qui défend les pollueurs ? Mines protégées, communautés sacrifiées. CDM n’est pas un accident, c’est un système.

Dans un secteur minier congolais souvent accusé de complaisance et de passivité face aux abus environnementaux, la suspension des activités de Congo Dongfang Mining (CDM) par le ministre Louis Watum Kabamba pourrait marquer une rupture. Mais cette décision spectaculaire ne peut suffire à elle seule : elle doit s’inscrire dans une stratégie cohérente de transformation structurelle, à la hauteur des engagements récemment formulés par le ministre.

En dépit de multiple signaux des réformes initiées, le secteur minier Congolais qui semble en théorie « déjà tourné vers la transparence et la communication », reste encore miné par des pratiques opaques, des pollutions récurrentes et une faible redevabilité des entreprises.

Le débordement d’effluents acides survenu début novembre à Lubumbashi, affectant plusieurs quartiers, a révélé l’ampleur du laxisme environnemental de CDM et de la majorité des exploitants miniers Congolais: bassin de rétention non étanche, absence de plan d’urgence, pollution manifeste des eaux. Face à ce désastre, Louis Watum Kabamba a ordonné une suspension immédiate , exigeant réparation des dommages, indemnisation des populations et conformité stricte au Code minier.

La question centrale demeure : cette suspension est-elle le début d’une série de sanctions exemplaires, ou un geste isolé destiné à calmer l’opinion publique ?

Le bassin de rétention de Congo Dongfang Mining (CDM) cède, déversant ses effluents acides dans les quartiers de Kasapa. L’eau se teinte, les puits se corrodent, les populations suffoquent sans la moindre réaction des autorités locales.Est ce parce-que toute action doit partir du gouvernement central ou par crainte des pesanteurs de Kinshasa ?

Trois jours plus tard, le ministre des Mines Louis Watum Kabamba suspend les activités du site pour trois mois. Un geste fort. Mais ce n’est pas un cas isolé. C’est le symptôme d’un système.

Quelques jours avant le scandale CDM, le ministre de la Justice Guillaume Ngefa lançait une offensive judiciaire contre les entreprises minières protégées dans le Lualaba et le Haut-Katanga. Il dénonçait :

  • Des fraudes massives couvertes par des réseaux politico-militaires.
  • Des violations environnementales et sociales systématiquement ignorées.
  • Une complicité active de certains agents de l’État, y compris dans les cercles proches de la présidence.

Son appel à la fin de l’impunité ne visait pas seulement les entreprises. Il visait leurs protecteurs — ceux qui, par leur silence ou leur appui, transforment la loi en paravent.

CDM : le cas emblématique d’un système toxique

Le site de CDM ne disposait ni d’étanchéité, ni de plan d’urgence, ni de dispositif de contrôle. Ce n’est pas une négligence. C’est une violation délibérée des normes environnementales, rendue possible par l’inaction des autorités censées surveiller.

Pourquoi CDM a-t-elle pu opérer ainsi ? Parce qu’elle est protégée. Par des relais politiques, des officiers militaires, des intermédiaires bien placés. Parce que dans ce système, la pollution est tolérée tant qu’elle rapporte.

CDM, filiale d’un géant chinois, n’est pas un acteur mineur. Sa mise en cause ouvre un précédent, mais expose aussi les ministres à des pressions diplomatiques et économiques.

La suspension de CDM par Watum Kabamba et les poursuites annoncées par Ngefa ne doivent pas être des gestes isolés,mais les premiers coups portés contre une architecture de l’impunité. Une architecture où :

  • Les entreprises polluent, fraudent, exploitent.
  • Les communautés sont sacrifiées.
  • Les protecteurs — qu’ils soient dans les cabinets ministériels ou les couloirs de la présidence — bloquent toute sanction.

Pour que la rupture soit réelle

Si le gouvernement veut faire de cette séquence un tournant, il doit :

  • Publier les noms des entreprises et des agents impliqués dans les fraudes et les pollutions.
  • Engager des poursuites judiciaires contre les protecteurs, quels que soient leurs grades ou fonctions.
  • Créer un registre public des sanctions environnementales et sociales.
  • Mobiliser les communautés pour documenter les abus et exiger réparation.

Une doctrine de redevabilité ou un écran de fumée

La question est simple : le gouvernement veut-il réellement démanteler les protections illicites, ou se contentera-t-il de sanctions symboliques ? CDM est un test. Ngefa et Watum ont ouvert la voie. Il reste à voir si le système les suivra ou les étouffera.

Jipi Nzumba K.

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