Territoire de Kipushi, Haut-Katanga – RDC
Au cœur du territoire de Kipushi, dans le secteur de Bukanda, la chefferie de Kasongo incarne l’une des plus anciennes structures coutumières de la région du Haut-Katanga. Dirigé par le clan Bena Kasaka, il se distingue par une tradition politique à la fois stable et souple, façonnée par un système matrilinéaire où les femmes détiennent le cœur silencieux du pouvoir.
Aux origines : la fondation d’un pouvoir enraciné

Le premier chef coutumier officiellement reconnu est Kasongo Kiembo Lushiko, intronisé en 1882. Il jette les bases d’une autorité clanique organisée autour de rites, d’alliances et de territoires définis. Son règne marque le début d’une dynastie coutumière qui résistera au choc colonial, à la modernité politique du Zaïre, et aux défis contemporains de la RDC.
Les premières successions — notamment celles de Mumpombwele et Kasongo Kipepo — traduisent une phase de transition parfois floue, où plusieurs légitimités ont pu coexister. Le règne de Kasongo Mwinamina (1890–1897) apporte ensuite une stabilisation décisive.



Une lignée au fil des ruptures et des recommencements
De chef en chef, la dynastie des Bena Kasaka trace sa voie :
- Kibuye Kapela Nshila (1897–1936) structure le groupement dans un contexte de colonisation renforcée ;
- Kasongo Kafwanka (1936–1962) incarne la fin de l’ère coloniale et le basculement vers l’indépendance ;
- Rémy Mutanty (1962–1969) gouverne une entité en recomposition institutionnelle ;
- Puis vient Kasongo Tshala Joseph, dont le règne de 1969 à 2016 — soit 47 ans — reste un jalon historique. Figure charismatique, il incarne la stabilité coutumière dans une République en mutation.




À travers ces règnes, la continuité dynastique repose moins sur les lignées paternelles que sur les alliances matrilinéaires. Ce sont les mères, sœurs, tantes — souvent discrètes mais centrales — qui transmettent la légitimité à travers les générations. Les objets de pouvoir, les chants d’intronisation, les veillées initiatiques et les choix coutumiers s’organisent autour de cette mémoire féminine.
Le renouveau incarné : Kasongo Kiembo II Kolonganya Mabumba Jean Marie

Depuis le 14 mars 2017, le trône est occupé par Sa Majesté Kasongo Kiembo II Kolonganya Mabumba Jean Marie 9ᵉ chef coutumier du clan Bena Kasaka. Son intronisation, marquée par la présence symbolique de sa mère Kiembe Salome, s’inscrit pleinement dans la tradition matrilinéaire du groupement.
Il hérite non seulement des symboles — coiffe, bâton, léopard — mais aussi d’une vision : faire coexister la mémoire ancestrale et les exigences du présent. Dans un contexte de réformes institutionnelles, de pressions minières et d’aspirations communautaires à l’autonomie, le groupement Kasongo affirme plus que jamais son identité et sa légitimité.
La dynastie royale du groupement Kasongo n’est pas un récit figé dans le passé. Elle est une matrice vivante, où chaque chef incarne la somme des silences transmis et des équilibres préservés. C’est à travers la voix des matriarches et les traces laissées par les anciens que s’écrit encore aujourd’hui cette saga coutumière.
Et dans les chants nocturnes portés par les vents de Bukanda, on entend encore la parole des reines silencieuses : celles qui, sans trône ni sceptre, ont désigné les hommes qui porteraient le royaume.
Jipi Nzumba & Sylvain Mwamba.
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