Accueil SociétéParoxysme de l’incivisme routier à Kinshasa : Bumba se déploie pour éviter le chaos

Paroxysme de l’incivisme routier à Kinshasa : Bumba se déploie pour éviter le chaos

Kinshasa étouffe chaque matin dans ses propres artères. Les klaxons s’entrechoquent, les taxis-bus s’entassent au Rond-point Victoire, les motos s’imposent dans chaque interstice. La capitale vit au rythme des embouteillages, comme si l’immobilité était devenue sa respiration. Mais en ce mois de janvier, une annonce vient bousculer ce quotidien : le gouverneur Daniel Bumba promet de mobiliser trois mille agents pour reprendre les routes de la ville.

Dès le 26 janvier, policiers, brigades de transport, régie des fourrières et brigade environnement doivent se déployer sur soixante carrefours jugés sensibles. Leur mission : contrôler permis de conduire, certificats techniques, vignettes, autorisations de transport et grilles tarifaires. Les véhicules en infraction seront immobilisés, parfois envoyés à la fourrière. Une opération massive, présentée comme une réponse directe à l’anarchie routière qui gangrène Kinshasa.

L’annonce a immédiatement suscité des réactions contrastées. Pour certains, c’est une lueur d’espoir : enfin une action visible, enfin une volonté de discipline. Pour d’autres, c’est un « mauvais gag », une mesure décalée dans une ville où les routes délabrées et les inondations rendent la circulation quasi impossible.

Et pourtant, les usagers ne sont pas exempts de responsabilité. Les taxes sont payées, les vignettes acquittées, les contributions exigées par l’État pour l’entretien et la construction des routes existent bel et bien. Le déphasage entre ce que les citoyens versent et ce qu’ils constatent sur le terrain est réel, et nourrit la colère. Mais faut-il attendre que toutes les erreurs de gouvernance soient corrigées pour respecter le code ? Ou faut-il accepter que la discipline vienne d’abord, que le civisme s’impose même dans des conditions imparfaites, afin que les infrastructures rejoignent ensuite l’élan déjà amorcé ?

Car l’incivisme routier à Kinshasa a atteint son paroxysme. Les motos envahissent les trottoirs, les taxis s’arrêtent en pleine chaussée, les bus roulent sans contrôle technique. Dans une telle situation, ces mesures sont extrêmement salutaires. Mais le problème demeure : la complaisance des autorités, leur incapacité à maintenir le cap, surtout lorsqu’il s’agit de décisions salutaires mais impopulaires.

Le peuple, lui, doit être apprivoisé. On ne peut pas compter sur la seule bonne volonté des citoyens pour atteindre le développement. Dans les pays de lois que nous admirons tant, la discipline ne s’est pas imposée par consensus mais par la rigueur des institutions, par des sanctions fermes et intraitables. C’est ce prix qu’il faut accepter de payer si l’on veut transformer Kinshasa.

L’annonce de Bumba est donc plus qu’une opération de circulation : c’est un test de crédibilité. La capitale attend de voir si les promesses deviendront actes, si les sanctions seront appliquées sans faiblesse, si l’État saura enfin se montrer intraitable face à l’incivisme.

Kinshasa est au bord de l’asphyxie. Bumba a choisi d’affronter le chaos. Reste à savoir s’il saura tenir la ligne, sans complaisance, jusqu’au bout.

Jipi Nzumba.

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